Guinée : Va-t-on vers un REPORT de la présidentielle à cause de COVID-19 ?

La riposte contre le coronavirus en Guinée produit peu d’effets escomptés. Chaque jour, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSS) livre des statistiques inquiétantes. A date, le pays compte plus de 3000 cas confirmés dont une vingtaine de morts. Au-delà des conséquences socio-économiques, de nombreux observateurs estiment que la Covid-19 peut avoir des conséquences sur le processus électoral.

Progression de la pandémie

« La maladie est en train de progresser surtout en Afrique, même si ce n’est pas la même vitesse de progression que l’Occident. La particularité de la Guinée par rapport au pays africains, la vitesse serait un peu plus élevée dans notre pays. Qu’à cela ne tienne, le ministère de la santé à travers l’ANSS est en train de prendre des dispositions », indique Dr Timothée Guilavogui, le directeur national des grandes endémies et la lutte contre la maladie au Ministère de la Santé et de l’hygiène publique.

Dans ce contexte de crise sanitaire, les opposants guinéens accusent le régime Condé d’avoir favorisé la propagation du virus dans le pays, en s’obstinant à convoquer les électeurs aux urnes pour le double scrutin législatif et référendaire du 22 mars dernier. Ils déplorent également le manque de dialogue autour des litiges relatifs au fichier électoral. Une situation qui pourrait avoir un impact sur l’organisation de l’élection présidentielle prévue en octobre 2020.

Vers une nouvelle transition ? 

Les opposants au pouvoir d’Alpha Condé n’écartent pas une possible transition en cas de glissements du calendrier électoral.  « Cette crise sanitaire vient au moment où nous connaissons une crise politique, à la suite de l’organisation de la mascarade électorale référendaire et législative du 22 mars 2020. Celle-ci ne connaîtra son épilogue qu’à l’organisation des élections présidentielles de 2020. Si par extraordinaire, l’élection présidentielle devrait être reportée, nous pensons que l’aménagement qui tient à la matière est la mise en place d’une structure consensuelle de l’ensemble des forces vives de la nation à la tête desquelles il y a le FNDC pour organiser des élections libres et transparentes. Le gouvernement actuel étant disqualifié pour l’organisation d’une quelconque élection crédible », prévient l’ancien député Ibrahima Bangoura, vice-président de l’UFR (union des forces républicaines).

Une position également partagée par le Bloc libéral (BL) de Dr Faya Millimouno, qui soutient que « le coronavirus ne va pas expliquer le fait que le calendrier n’aura pas été respecté. Si Alpha Condé et les extrémistes autour de lui avaient fait correctement fonctionner les institutions et avaient respecté notre Constitution, les conditions seraient en place aujourd’hui. Mais nous n’avons pas de fichier électoral aujourd’hui et ça c’est fondamental pour que nous partions aux élections. Alpha Condé ayant été du côté du problème au lieu d’être du côté de la solution, il ne lui sera donné aucun jour de plus après son second mandat. Une transition devrait être gérée par quelqu’un d’autre que nous allons réclamer », dit-il.

Dans cette même logique, El hadj Mamadi Keita, le président de la Coalition nationale des organisations de la société civile guinéenne (CONASOC), structure jugée pourtant proche de la mouvance présidentielle, reconnait qu’avec « plus de 2.000 cas positifs, il est difficile d’organiser des élections crédibles et sécurisées dans ces conditions. Regardez, dans certains pays, ils sont en train de confiner les gens », estime-t-il.

 

La question de légitimité 

Cependant avec un éventuel glissement de calendrier pour la tenue des élections cette année, la question de légitimité se pose avec acuité. Pour Me Saliou Danfhaka, avocat, la pandémie du COVID-19 va impacter sur la durée des mandats. « Si cette maladie perdure, il est difficile pour un État de procéder aux élections qui sont projetées. En allant aux élections, ça pourrait entraîner d’autres conséquences. Par exemple, le taux de participation qui sera faible. Et en conséquence, la question de légitimité va se poser. Si le taux de participation est très faible, soit par exemple 25 à 30%, le président sera élu, mais sans légitimité », insiste l’avocat.

Au niveau des citoyens qui tirent le diable par la queue à cause des effets de la pandémie du Covid-19 sur l’économie, les avis sont partagés. Si certains n’entendent pas parler de politique en ce moment, espérant que l’Etat guinéen mettra tout en œuvre pour mettre fin à la crise sanitaire sous peu avant de passer à autre chose, les autres qui n’ont point confiance en l’Etat, mettent l’accent sur le respect des lois de la République. Pour ceux-ci, le pouvoir doit organiser les élections à date. « Cette crise sanitaire ne doit pas être un prétexte pour le président Alpha Condé et son gouvernement pour violer les lois et continuer à rester au pouvoir. Le peuple sera toujours vigilant pour réclamer et protéger ses droits», réagit un citoyen de Koloma.

Ce reportage est une initiative de Search for Common Ground en collaboration avec le NDI (National Democratic Institute) sur financement de l’USAID.

 

La rédaction de Ziama.info

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